La radio : média sensible, enjeu politique

C’est une belle soirée que nous avons passée avec le reporter Antoine Chao, ce 6 décembre, réunis au chevet d’un beau média, comme autrefois à la veillée autour du poste de TSF. Après cinq années passées au sein de la valeureuse équipe de « Là-bas si j’y suis » de Daniel Mermet sur France inter, Antoine  Chao a produit « Un bruit qui court », toujours sur France inter, avant d’être désormais relégué à un créneau plus tardif et confidentiel, le samedi à 23h15, pour « C’est bientôt demain » où l’actualité des luttes et mobilisations sociales a trouvé un dernier refuge sur le service public de la radiodiffusion française.

Documents sonores à l’appui, ce 6 décembre, nous avons donc pénétré les cuisines où se mitonnent ces petits chefs-d’œuvre sonores qui nous chopent à la tripe et nous scotchent au fauteuil. C’est en cela que consiste le travail du professionnel de la radio, en tous cas de celui qui ne triche pas avec le réel et ne trahit pas sa matière. Avec lui nous avons approché ce que signifie le talent de l’artisan qui, au service de la singularité d’un média aveugle et débarrassé du cadrage obsédant et manipulateur de l’image, nous embarque vers des contrées à la fois invisibles et pourtant tellement évidentes. Reporter, il faut y aller, faire tourner le magnéto, enregistrer du son, être attentif, écouter, réagir, braver l’interdit, contourner le barrage, pour que la radio donne à entendre.antoine chao 06122019 300x225 - La radio : média sensible, enjeu politique

Mais « le son », nous a dit Antoine Chao, celui qu’il faut recueillir avec attention et travailler avec respect, est également un joyau menacé. Il y a les artisans, ces petites mains qui, sur le terrain de la lutte des sons, accomplissent toujours des prodiges d’inventivité et de dévouement. Mais il y a aussi ceux qui s’en servent pour un tout autre usage et lui faire dire ce qu’il ne dit pas. Car le son, comme l’atteste l’histoire, est aussi un vecteur. Et, à cet égard, il en va du son comme de l’image dont on peut effacer les figures encombrantes. Censures et manipulations accompagnent son odyssée. Et nous en sommes encore là aujourd’hui alors que les antennes parfois vides de nos faiseurs de sons témoignent d’une résistance certes erratique, mais encore vivace. Antoine Chao est venu nous témoigner, avec des anecdotes directement tirées de sa pratique quotidienne, qu’au-delà de nos exaspérations à l’écoute des faiseurs d’opinions, « éditocrates » et « gros-niqueurs » qui servent la soupe, il y aussi d’honnêtes femmes et hommes, des gens courageux, qui ne mettent leur compétence qu’au service de leur travail.

C’est ainsi que la question des statuts des professionnels du son est toujours au cœur des batailles pour la qualité des antennes de ce qu’il reste du service public où la précarité fait rage. Autant dire qu’entre liberté de création et liberté d’opinion la frontière est ténue.