Commune 1 213x300 - Ciné-Carma : "La Commune (Paris, 1871)"

18 mars 1871 : voilà 150 ans, le peuple parisien se soulevait contre l’Etat et mettait en place une organisation libertaire basée sur la démocratie directe. Deux mois d’une expérience politique unique, qui se termina dans une répression sanglante le 28 mai 1871, mais qui résonne encore aujourd’hui.

Dans le cadre du cycle de célébration de ce 150e anniversaire organisé par La Carmagnole, le Ciné-Carma vous propose, avec la complicité de nos amis de CinéMutins, de voir le film culte de Peter Watkins : “La Commune (Paris, 1871)“, dans sa version cinéma de 3h37.

Vous aurez la possibilité de voir ce film en VOD sur la plateforme des CinéMutins, au tarif préférentiel de 2€50 consenti aux amis de La Carmagnole, entre le 18 mars et le 28 mai 2021. Attention : une fois le film dans votre panier de CinéMutins, vous disposerez de 7 jours pour le voir.
Pour “prendre vos billet”, utilisez le formulaire ci-dessous (vous trouverez une présentation détaillée du film sous ce formulaire).

 

Nous sommes en Mars 1871. Alors que la « télévision versaillaise » désinforme, se crée la « télévision communale », émanation du peuple des insurgés. Le film est un événement. Il s’attaque à un moment mythique de l’histoire de France : la Commune de Paris. Peter WATKINS s’insurge, dérange, bouscule. Il crée une œuvre cinématographique hors norme. Et si le récit s’appuie sur une recherche approfondie, c’est pour permettre une réflexion sur le présent et mener une critique frontale de médias.
 Plus de 200 acteurs interprètent les personnages de la commune. Un film culte.
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Comme pour son premier film, La Bataille de Culloden (1964), Peter Watkins utilise le procédé consistant à créer une télévision communale, science-fiction chargée d’imaginer la vie des habitants de la capitale. Dans une forme documentaire proche des actualités cinématographiques des années cinquante, caméra à l’épaule, comme si celle-ci se trouvait effectivement dans la ville de Paris. Après avoir reconstitué à Montreuil, dans les anciens studios Méliès, les quartiers ouvriers de 1871, les journalistes interrogent les habitants et les soldats de la Garde nationale. Tous critiquent le gouvernement réfugié à Versailles et se plaignent du manque de pain.
Dans un long monologue, Watkins, expliquant les raisons de la production de ce film, fustige “le système éducatif français qui a occulté ou marginalisé la Commune de Paris depuis plus de cent ans”. Même s’il reconnaît que l’on a produit une vingtaine de courts métrages sur ce sujet, ce n’est pas pour autant que le public français connaît cette période innovante de son Histoire. La Commune se veut film d’agit-prop, à destination des écoliers et de leurs parents. Pour lutter contre le pouvoir de la mondialisation et des médias appelé par lui “monoforme”, il lance un appel à tous ceux qui veulent changer la vie en s’inspirant d’Arthur Rimbaud : « Au grand soleil d’amour chargé, / Sur le bronze des mitrailleuses/ À travers Paris insurgé !”
Robert Grélier – Revue Jeune Cinéma N°396-397
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Réalisé en 1999 pour la télévision et diffusé une seule fois sur les ondes, La Commune (Paris 1871), œuvre maudite entre toutes du réalisateur contestataire Peter Watkins, est arrivée sept plus tard, dans une version expurgée de 3h37, sur les écrans de cinéma. C’est l’occasion de découvrir une expérience cinéphilique des plus engagées et des plus excitantes.
La Commune de Paris, en 1871, est une période étrangement peu connue de l’histoire de France, même par les Français eux-mêmes. Révolte de nombre de quartiers de Paris contre l’autorité de l’État alors que les armées de Bismarck ont fini par libérer le sol de la capitale après un traité vivement critiqué par la population parisienne seule, et que les conditions de vie virent à l’épouvantable pour celle-là depuis le siège de 1870, la Commune est pourtant un moment extrêmement important de l’histoire politique moderne, une grande expérience politique d’autogestion du peuple par le peuple.
Lorsqu’en 1999, Peter Watkins lance un projet sur le sujet, il entame ce qu’il convient de regarder aujourd’hui comme une œuvre maîtresse dans sa filmographie. Il nous livre une réflexion virulente contre le langage de l’image télévisuelle (et cinématographique) qu’il réprouve avec force, et nous raconte surtout comment se forme un idéal, grâce notamment à une forme issue d’une organisation du tournage farouchement égalitaire.
Le langage télévisuel, mais aussi cinématographique, est largement perverti par ce que Watkins appelle la « monoforme » : pas de temps de réflexion laissé au spectateur, dé-contextualisation, rythme agressif, unicité du point de vue, uniformatisation formelle, etc. La « monoforme », c’est la méthode la plus efficace pour ne laisser au spectateur aucune opportunité de confronter son propre jugement aux informations qui lui sont proposées
Watkins , pour lutter contre la monoforme dans La Commune (Paris 1871), adopte plusieurs axes dans la création de son film. Recrutement de comédiens majoritairement non professionnels, adéquation relative de leurs opinions avec les personnages qu’ils jouent – ou improvisent, implication dans leurs personnages (via, notamment, des recherches qu’ils ont eu à effectuer eux-mêmes sur les rôles qu’ils allaient incarner)…
Face à eux, Watkins adopte un style visuel proche de l’incarnation : il filme l’intégralité d’épisodes de la Commune – historiquement réels ou réécrits – via des plans-séquences longs parfois de plus de dix minutes, et par le truchement des deux télévisions « d’époques » inventées pour les besoins du film, l’une inféodée aux Versaillais, l’autre désirant donner de la Commune une image objective.
Bien vite, la parole est donnée aux acteurs (ou aux personnages ?) : les rails d’une harangue bien huilée et prévisible se grippent, et tout le talent de Watkins pour impliquer ses interprètes dans leurs rôles jaillit. Si l’une parlera ostensiblement en tant que personnage des préoccupations des pauvres de 1871, l’autre se lancera sur un sujet bien plus actuel (les sans-papiers, la misère de nos jours, le rôle de la télévision…). Nous ne sommes plus ici en présence d’acteurs actuels cherchant à reproduire un rôle vieux de 130 ans, mais bien ces mêmes petites gens qui laissent rejaillir leurs propres angoisses et idéaux sur le canevas de la révolte des communards. Preuve est faite : la Commune n’est pas morte, il suffit d’en donner la possibilité aux hommes et aux femmes pour que l’idéalisme qu’elle représente reprenne corps.
Essai révolutionnaire dans la forme, autant (et au sens propre) que dans le fond, La Commune (Paris 1871) est probablement l’aboutissement de la réflexion de Peter Watkins sur l’image et sur le contrôle de l’information.
Œuvre fascinante et incarnation réelle et juste d’une analyse pensée de la création de l’idéal, le film s’impose comme un exemple de cinéma politique, polémique, et dont le principal but est avant tout, non pas d’imposer une façon de penser, mais de rappeler la simple nécessité de penser.
D’après un article de Vincent Avenel, sur Critikat, consacré à la version télévisuelle.

Programme complet des 150 ans ci-dessous