Dès 2008, deux ans après le lancement de la plateforme WikiLeaks, Stefania Maurizi commence à s’intéresser au travail de l’équipe qui entoure Julian Assange. Elle a passé plus d’une décennie à enquêter les crimes d’État, sur la répression journalistique, sur les bavures militaires, et sur la destruction méthodique d’une organisation qui se bat pour la transparence et la liberté de l’information. Une liberté mise à mal après la diffusion de centaines de milliers de documents classifiés. Les « Wars logs », ces journaux de guerre que devaient rédiger les soldats américains engagés dans les guerres en Afghanistan et en Irak, transmis à Wikileaks par une analyste du renseignement, Chelsea Manning, et publiés entre le 5 avril et le 22 octobre 2010, ils ont notamment fait connaître au monde entier les actes de torture sur des prisonniers – comme à Abou Ghraib – ou les nombreuses bavures de l’armée de la coalition, qui ont entraîné la mort de civils afghans et irakiens. Suite à ces révélations, le Pentagone et la NSA ont tout fait pour discréditer un travail journalistique extrêmement exigeant, et détruire (notamment en s’attaquant à ses sources) une organisation qui se bat pour la transparence et la liberté de l’information.

L’autrice revient également sur les accusations de viol qui pèsent sur Julian Assange, et les errements judiciaires qui ne lui ont pas permis de se défendre et l’ont contraint à l’exil, puis à la prison. Elle retrace enfin le parcours d’un autre lanceur d’alerte, Edward Snowden, qui a permis de révéler comment la NSA collectait les métadonnées téléphoniques de millions de citoyens américains depuis des années.

À travers cette affaire et la persécution judiciaire qui s’est abattue sur Julian Assange et ses collaborateurs et collaboratrices, l’autrice révèle le danger que font peser de très puissantes institutions comme le Pentagone, la CIA et la NSA – le « complexe militaro-industriel » des États-Unis – sur la démocratie : non seulement en dissimulant des crimes d’État particulièrement graves, mais aussi en exerçant une surveillance de masse au prétexte de lutter contre le terrorisme, par des méthodes dignes des pires régimes totalitaires. Elle pose donc en filigrane la question de la réalité de nos démocraties, et de la place du journalisme dans celles-ci, en soulignant le paradoxe de la situation : un journaliste s’est vu emprisonné et traité comme un terroriste et un criminel pour avoir dénoncé des crimes de guerre et des dérives du pouvoir tout aussi intolérables.